CAFI Sainte-Livrade
Au Moulin du Lot, sur la rive juste au nord de la ville, s'est ouvert à la fin des années 1930 un camp de travailleurs pour le chantier d'une immense poudrerie dont la construction avait été décidée en 1935; elle était loin d'être achevée en juin 1940. Les bâtiments du camp ont été utilisés ensuite pour accueillir des Chantiers de Jeunesse et, après 1944, des régiments coloniaux. En 1956, l'État décida de l'affecter à l'accueil de Vietnamiens exilés d'Indochine, soit 1 200 personnes, parmi lesquels 740 enfants, transformant ainsi le camp en «CAFI», Centre d'accueil des Français d'Indochine. Quelques entreprises s'ouvrirent, dont une usine de chausures, fermée en 1976. Les familles sont restées et ont fait souche, en dépit de la précarité de l'habitat. Puis l'État transféra l'ensemble à la commune en 1983, avec quelques fonds, à charge pour elle de rénover l'habitat, d'assurer sa salubrité et l'intégration au tissu urbain municipal. Une opération de «réhabilitation» d'urgence a été lancée en 1993 et les travaux se poursuivent. La population reste à majorité asiatique, avec des boutiques et lieux de culte propres
Plus d'un demi-siècle après la défaite de Diên Biên Phû, les rapatriés français d'Indochine, parqués depuis 1956 dans des baraquements jamais rénovés, attendent enfin l'arrivée des premiers travaux à Sainte-Livrade-sur-Lot.
renovation du cafi.
Le Centre d'accueil des Français d'Indochine (Cafi), installé dans une ancienne poudrerie réouverte en avril 1956 pour accueillir 1.160 réfugiés, dont une majorité de veuves de militaires français et leurs enfants, ressemble aujourd'hui à un îlot hors du temps, petit Vietnam posé sur les berges du Lot.
L'école, l'infirmerie et les bureaux administratifs des directeurs de colonie ont fermé depuis des lustres mais 120 familles vivent toujours dans ces logements de fortune, marqués d'une lettre ou d'un numéro. Seuls deux épiceries exotiques, un temple et une église continuent d'animer le camp.
Les habitants --des retraités "revenus au pays" après avoir passé leur enfance au Cafi, de vieilles femmes jamais parties du camp par manque de ressources, et aussi la troisième et quatrième génération de ces rapatriés oubliés -- vivent en une communauté soudée autour de souvenirs vivaces.
"La guerre d'Indochine était tellement impopulaire que l'Etat n'a pas voulu mettre beaucoup d'argent dans nos logements", témoigne, amère, Francine Gerlach, 60 ans, née d'un militaire français jamais connu et d'une Vietnamienne du nord, qui a vécu au Cafi jusqu'à la mort de sa mère en 1972.
Tous évoquent leur arrivée douloureuse dans le camp boueux, l'interdiction de parler vietnamien, l'inconfort des logements pourvus de lits militaires, les barbelés ceinturant le site, l'interdiction de posséder un vélo ou une voiture, les choix de vie professionnels qu'a fait pour eux l'administration française.
Le Cafi est l'un des deux derniers camps de rapatriés franco-indochinois qui subsiste aujourd'hui, avec celui de Noyant d'Allier.
Le projet de réhabilitation porté par la mairie, qui fait appel à des fonds de l'Agence nationale de la rénovation urbaine (Anru), vise à raser le camp pour y reconstruire des logements sociaux. Le permis de construire a été accordé en mai et les premiers travaux devraient commencer à l'automne.
Emile Lejeune, 88 ans, ancien militaire du corps expéditionnaire français, fils d'un magistrat français et d'une princesse vietnamienne, juge "que cela aurait été bien il y a quarante ans, mais s'apitoyer aujourd'hui sur notre sort a quelque chose d'anachronique. Cela fait 50 ans qu'on vit comme ça, pourquoi nous déranger ?", interroge-t-il, d'une voix lasse.
Pour Raymond Luco, arrivé à 15 ans au Cafi, "ce projet arrive 40 ans trop tard ou 10 ans trop tôt, parce que les mamies encore en vie ne vont jamais s'habituer au changement", juge-t-il, désignant une vieille dame voûtée, sortie faire quelques pas devant son baraquement, un chapeau conique sur la tête.
La maire de Sainte-Livrade, Claire Pasut, promet de tenir compte des habitudes de vie des rapatriés. "Des enquêtes urbaines et sociales ont eu lieu pour que les nouveaux logements soient adaptés avec par exemple des cuisines fermées et un lieu pour le culte des ancêtres", affirme-t-elle.
Tous ceux qui ont vécu au Cafi, qui se retrouvent chaque année le 15 août, espèrent pouvoir préserver quelques batiments pour y dresser "un lieu de mémoire".
cafi compte rendu du 31 mai 2008.
Monsieur Jérôme CAHUZAC, député-maire de Villeneuve-sur-Lot ;- les habitants du CAFI Madame Claire PASUT, maire de Sainte-Livrade-sur-Lot ;- Madame Martine TISNERAT, directrice adjointe de PACT H&D 47,responsable de la MOUS au CAFI (Maîtrise d'œuvre urbaine et sociale).
Avancement des travaux
- La première tranche, prévue initialement début juillet 2008, sera retardé de plusieurs mois à cause des dossiers concernant les 2 commerces. Le 31 mai 2008, la mairie a reçu l'accord et réceptionné le dossier manquant des commerçants. La convention devra être signée après diverses démarches administratives, bancaires et notariales et après avoir déterminé le loyer et l'acceptation des commerces. La première tranche des travaux sera réalisée par l'opérateur CILIOPEE et comportera 32 logements de type :• T2, environ 50 m2, loyer TTC 308 euros ;• T3, plain-pied, environ 64 m2, loyer TTC 350 euros ;• T3 R + 1, environ 66 m2, loyer TTC 380 euros.Tous seront dotés des dispositifs d'énergie les plus avancés comme les panneaux solaires, pompes à chaleur air/air et isolation poussée, ainsi que d'un garage et de jardinets privatifs.- Pour la seconde tranche, l'appel d'offres est clos depuis le 9 avril 2008 et l'opérateur sera HABITALYS.Les logements seront de type T3 et T4. La MOUS n'a pas pu nous fournir de renseignements concernant ces logements (quantités, surface, prix…).- Quatre location-accession à la propriété, avec une prime de 15 K€ par logement, seront mis en vente,réservés aux habitants prioritaires, certainement dans la seconde tranche. D'autres ventes auront lieu ainsi que des lots libres, mais les opérateurs ne se sont pas encore manifestés pour les appels d'offres.- Toutefois, nous pensons que des zones d'ombres demeurent dans ce dossier, notamment le fait que la mairie doit faire l'avance pour les travaux de voirie qui ne seront remboursés que 2 ans plus tard par l'ANRU. La mairie n'est pas en mesure de faire cette avance qui représente 19 millions d'euros, ce qui correspond à 4 ans de budget annuel de fonctionnement de la municipalité,ni à prendre en charge les intérêts des emprunts. Des solutions urgentes sont à rechercher auprès du préfet qui est le représentant de l'ANRU et peut-être aussi auprès du service des rapatriés d'Agen. L'ANRU n'a pas répondu,en plus, à la demande d'une subvention d'équilibre annexe depuis 4 ans. L'autre problème sera le financement à trouver pour la route de désenclavement qui était une priorité de l'ANRU.La mairie signale que la facture annuelle de l'eau au CAFI s'élève à 50 000 e/an et qu'un déficit de 180 000 e surce budget aggrave la situation. De plus en plus.Madame TISNERAT a rencontré l'ensemble des futurs occupants de la première tranche. Elle a expliqué que les prix sont fixés selon les règles des HLM et dépendent des revenus de chacun. Il n'y a pas d'exception à la règle, c'est le droit commun pour tout le monde. Une simulation des aides au logement a été faite au cas par cas. Les chiffres ont été communiqués aux personnes concernées. Les financements PLAI et PLUS CD permettent d'offrir des loyers plus bas pour les familles aux revenus modestes.En aucun cas les loyers seront entièrement couverts par les aides au logement, il existe actuellement dans le droit commun que l'aide personnalisée au logement (APL), aide qui va s'appliquer et qui varie en fonction de la situation de chaque ménage. Il semblerait que le plafond de l'APL se monterait à 270 e.La CEP se renseignera auprès des Services des rapatriés,dont le siège se situe à Agen, pour trouver les aides de logement supplémentaires afin d'aider les plus démunis.Une aide au déménagement est prévue dans la convention de l'ANRU.
Les retraités et les actifs ne bénéficieront pas d'aide spéciale.Cependant certaines personnes âgées ne veulent pas déménager. On peut comprendre qu'après 52 ans d'occupation dans ces logements, vétustes certes, elles perdraient tous leurs repères si onchange leur cadre de vie quotidien, ce qui entraînerait un nouveau déracinement pour ces mamies fragiles. Il serait judicieux que la préfecture et la MOUS répondent davantage aux préoccupationsdes ayants droit et leur apportent enfin une solution digne et rassurante.
lieu de mémoire
La mairie signale que la question du lieu de mémoire n'est pas encore à l'ordre du jour tant que les divers problèmes retardant la construction des logements ne sont pas résolus.L'étude préalable n'a pas été encore commanditée. Dominique ROLLAND (ethnologue, maître de conférences de l'Institut des langues et civilisations orientales, spécialiste du Vietnam), qui est en train de réaliser une étude sur la question de la mémoire au CAFI, propose de réfléchir avec le représentant des occupants aux réalisations possibles (musée, stèle, parcours, documents d'informations au public…) et d'étudier les modalités d'une recherche de financement complémentaire, l'enveloppe budgétaire affectée paraissant trop limitée pour donner à ces réalisations l'ampleur qu'elles méritent. Madame PASUT est d'accord.
début des travaux.
Où en est-on sur le dossier du devenir du CAFI ? À ceux qui affirment que le projet n'avance pas, Claire Pasut répond : « C'est un dossier compliqué qui mérite d'être traité progressivement, sans brûler les étapes et en mesurant bien les conséquences des décisions. De nombreux dossiers paraissant mal suivis et mal engagés, la nouvelle équipe a souhaité procéder à leur examen attentif. ça a été le cas du dossier des commerces du CAFI et notamment de l'aspect technique et financier. Heureusement que nous avons procédé ainsi sinon la commune perdait 76 000 €. En effet, la demande de subvention faite au CG pour les commerces ne portait que sur 20 000 € et le dossier n'aurait jamais abouti car une lettre demandant des pièces complémentaires était restée sans suite. C'est ce qui me fait dire que ce dossier ne s'enlise pas mais qu'au contraire il est revu et, pour ce qui concerne la partie commerces, avec succès dans l'intérêt de la commune et des commerces ! Une dernière rencontre doit se tenir la semaine prochaine pour finaliser la rédaction de la convention entre la commune et chacun des deux commerçants. Le notaire qui a déjà préparé les projets d'actes apportera les éventuelles modifications après cette réunion et dressera les actes définitifs. Le permis de construire est délivré et affiché, la consultation des entreprises sera engagée immédiatement après la réunion avec les commerçants. Le chantier pourra donc commencer à la fin de l'année pour les commerces. Pour ce qui concerne les logements, la première tranche de 32 logements ne sera engagée qu'au cours du premier semestre 2009. La municipalité a besoin de récupérer les terrains des commerces actuels. Une pétition, signée de personnes âgées dites ayants droit a circulé pour dire qu'elles ne voulaient pas déménager. Nous examinons au cas par cas la situation des signataires, peu nombreuses dans la première tranche, pour essayer de déterminer la raison réelle de cette position… car les personnes âgées sont très fragiles ».
Analyse du projet de convention de la mairie de Ste-Livrade avec l'anru concernant la rénovation du CAFI.
lettre de la cep à la mairie de sainte livrade
La Coordination des Eurasiens de Paris
Madame DOUART-SINNOURETTY Nina
2 rue Marcel SEMBAT
94270 LE KREMLIN BICETRE
Monsieur FRECHE Daniel Paris, le 15 juillet 2009
Président de la CEP
Madame Claire PASUT
Maire de STE LIVRADE sur LOT
Objet : Dossier CAFI- lieu de mémoire
Demande de rendez-vous
Madame,
Nous avons bien reçu votre lettre en date du 16 juin 2009. Nous en avons fait part à l'ensemble des adhérents de la CEP. Ils ont réagi de manière diverse. Nous nous faisons leur porte-parole en vous faisant part de leurs réactions.Nous sommes tous déçus que vous ayez reporté à une date indéterminée une rencontre avec les associations, alors que l'opération de rénovation du CAFI a débuté et que les questions soulevées lors de la rencontre avec Mr le sous-préfet en Février 2009 n'ont pas reçu à ce jour de réponses satisfaisantes. Vous avez notamment déclaré dans votre lettre :« Depuis mon élection, en un an, les choses ont beaucoup plus avancé qu'au cours des quinze dernières années… ».Puis- je vous rappeler que cette rénovation est l'aboutissement d'un long processus et qu'elle est le fruit du combat mené depuis 2003 par les associations pour la reconnaissance et la dignité des rapatriés d'Indochine du CAFI ? Sans leurs actions et leur opiniâtreté, sans la prise de conscience des rapatriés d'Indochine, ainsi qu'en partie avec le soutien de l'Etat, le CAFI avec ses habitants resterait toujours dans ce triste état d'oubli et d'abandon qui caractérisait ses habitants depuis leur arrivée en France en 1956. Étant vous-même un élu local, je vous fais grâce des termes négatifs et des images défavorables qui dépeignaient le CAFI et ses habitants jusqu'à maintenant. Puis-je également vous rappeler le cadre juridique de la rénovation du CAFI ? Elle résulte d'un contrat passé en 2007 entre l'ANRU, administration d'état et la municipalité. Dès 2005, les associations représentatives des habitants du CAFI avaient été associées aux études préalables à sa signature dans le cadre du Comité de Pilotage. Ce contrat, signé par Monsieur ZUITTION, votre prédécesseur à la Mairie de Sainte Livrade, stipulait expressément : « La conduite du projet est
partenariale. Elle est confiée à un Comité de Pilotage fédérant autour du porteur du projet (la Commune de Sainte Livrade) et du Préfet, les collectivités locales (Conseil Général, Conseil Régional), les Maîtres d'ouvrage (Ciliopée, Habitat, Habitalys), la Caisse des Dépôts et des Consignations, la CIP, les représentants des associations d'habitants du quartier, ainsi que toute personne qualifiée susceptible d'intervenir dans le projet. » Les résidents du CAFI n'ont donc pas attendu votre élection, pour faire avancer leur cause et exprimer leurs souhaits quant à la rénovation annoncée. L'opération qui se déroule sous votre mandature résulte de 6 années de travail et de lutte qu'il est facile de rayer d'un trait de traitement de texte. Vous évoquez ensuite le travail de vos « services » sur ce dossier. La rénovation du CAFI doit-elle se dérouler dans tous ses aspects et ses étapes sous le couvert du secret et unilatéralement ? Est-ce heurter votre idéal d'une démocratie de proximité et de participation que de réclamer la transparence et la vérité pour ceux qui sont les premiers concernés par cette opération qui va bouleverser 50 années d'existence ? Notre demande de rencontre avec vous ne résulte que d'une démarche naturelle et spontanée. Nous n'avons aucune arrière-pensée, mais nous ne pouvons nous satisfaire de votre réponse qui nous paraît pour le moins distante et « bureaucratique », de nature à susciter le sentiment chez les résidents et les « enfants du CAFI » que nous sommes de nous voir encore une fois dépossédés de notre destin, de notre présent et de notre avenir, ainsi que celui de nous voir de nouveau instrumentalisés par les pouvoirs en place comme cela s'est toujours fait depuis plus de 50 ans. Nous n'avons pas attendu que vous ayez nommé une structure de réflexion et de proposition pour nous poser la question de la mémoire de ces lieux, de NOTRE MEMOIRE. Cette question est au coeur de notre démarche ; elle nous a guidés tout le long du processus d'élaboration de la rénovation. Pour nous la rénovation et réhabilitation du CAFI ne peuvent être séparées de la définition de la mémoire de ces lieux et de la construction du lieu de mémoire. Si vous prenez cette question sérieusement en compte dans votre travail sur le CAFI, la construction de ce lieu, que nous voulons à dimension nationale, constituerait l'apport le plus significatif de votre mandature dans la rénovation du CAFI. Chacune de nos associations compte dans ses rangs des historiens, anthropologues, sociologues, spécialistes du Vietnam et de l'Indochine française, des muséographes. Nous avez-vous demandé ce qu'il en était pour chaque association de la question de la Mémoire ?Vous n'êtes pas sans connaître le contenu de la dernière réunion des associations sur le sujetde la mémoire tenue au CAFI en mai 2009. Votre absence de réaction nous paraît d'autant plus inquiétante à la lecture de votre lettre.La question de la création du lieu de mémoire s'il ne vous paraît pas prioritaire pour le moment ne saurait être reportée à une date indéterminée et il nous paraît pour le moins imprudent et prématuré de vouloir confier ce problème à un « cabinet » qui ne connaît rien à priori de l'histoire du CAFI et de ses habitants. Et puis, comment faire l'impasse du travail des associations, ne pas demander leur avis avant la désignation de ce « cabinet » (terme à connotation technocratique et bureaucratique) ? Les membres du Bureau de la CEP reviendront pour la fête annuelle du CAFI durant la semaine du 15 août. Nous serons heureux de vous rencontrer entre le 12 et 14 août pour aborder enfin la question de la mémoire, et aussi pour dissiper le malentendu qui semble s'installer entre la municipalité de Sainte–Livrade sur lot et les associations représentatives du CAFI depuis les dernières élections.Dans l'attente de votre réponse, Nous vous vous prie de croire, Madame la Maire,l'expression de nos sentiments distingués.Pour la coordination des Eurasiens de Paris
Copies à Mr le Préfet du Lot et Garonne
Mr le sous-préfet de Villeneuve sur Lot


Commentaires
le 10/05/2009 à 09:47:29
le 23/12/2009 à 17:40:34
Il existe une brochure documentée sur les Scouts Français Rapatriés d'Indochine, réalisée à l'occasion de leur 50e anniversaire. On peut se la procurer à mon adresse scoutcafi@club-internet.fr - D'autre part, je signale que je suis en relations avec un ancien aviateur du Camp et une ancienne serveuse du Mess des aviateurs du Camp en 1945 : Ils sont bien vivants. Ils n'ont pas réclamé des logements gratuits. La serveuse très agée et peu fortunée liquide sa pension en maison de retraite... Merci pour eux.